Quelques années après les lyonnaises, les parisiennes ont découvert la mise à disposition à grande échelle de vélos (le Vélov' à Lyon, le Vélib' à Paris) pour leurs déplacements urbains.Je rappelle brièvement le principe : la ville est parsemée d'emplacements pour ces véhicules à deux roues dont vous disposez via une simple carte bancaire (utilisation ponctuelle) ou une carte d'abonnement (utilisation plus régulière).
Ils sont alignés, vous choisissez celui qui aura vos faveurs, vous le prenez, l'enfourchez pour des aventures plus ou moins longues, plus ou moins folles et le reposez éventuellement quand bon vous semble.
En fait, Vélov' et Vélib' sont clairement au déplacement urbain ce que Meetic est à l'industrie de la rencontre.
Alors tout irait pour le mieux dans le meilleur (?) des mondes si les contraintes mécaniques de ces machines n'étaient pas en opposition avec la féminité.
Voyez "la bête" tout d'abord : le vélo est plutôt imposant, mastoc et même la meilleure imagination a du mal à l'assimiler à celui de la fille du facteur (Yves Montand), de la jolie touriste (pub' Effi) ou de l'envoûtante provençale (pub' huile Puget).
Un démarrage féminin sur ces machines est un chemin de croix de quelques mètres : il faut élancer la machine et dévoiler par la même le visage de celle qui force donc souffre avec un déhanché assez lointain de ceux que l'on peut observer habituellement pour les déplacements pédestres.
Puis, il faut régler les vitesses. Là, comme partout, on sent que le mode d'emploi n'a pas forcément été lu. Et pourtant il ne serait pas inutile de se pencher sur ces notions de braquets qui, selon la pente de la route suivie, permettent de faire plus ou moins de tours de pédales dans un laps de temps donné (et donc plus ou moins d'efforts).
Faire 12 tours de pédales à la seconde quand un toutes les 12 secondes serait largement suffisant pour avancer à la même vitesse donne clairement l'impression que Madame s'échine à monter les oeufs en neige avec le fouet offert par belle-maman...
Les déplacements sont par ailleurs parsemés d'imprévus face auxquels il faut agir avec sérénité et dextérité : le trottoir qu'il faut emprunter et dont le bateau n'est pas très prononcé (gros choc sur la roue avant), le trottoir qu'il faut descendre et dont le bateau... (gros choc si l'on ne s'est pas soulevé sur les pédales), le crétin qui refuse la priorité à droite (freinage et arrêt d'urgence à haute valeur ajoutée émotionnelle et verbale), l'idiot qui pile alors que l'attention était portée sur la vitrine de droite qui venait d'être refaite (freinage contre le parechoc et explications laborieuses) et toujours ces foutus (re-)démarrages dans la douleur lorsqu'il n'a - vraiment - pas été possible de griller le feu rouge...
Manifestement, donc, tout le monde n'a pas eu la "chance" d'être un garçon, élevé à la campagne, et habitué à passer deux tiers de sa vie sur son vélo cross...
Enfin, la tenue vestimentaire.
Ce que l'on fait avec ses rollers (s'asseoir dans un coin pour les troquer contre ses chaussures de ville) n'est pas possible dans le cadre du Vélov' ou du Vélib'. Donc la tenue du vélo demeure la tenue du bureau (la seconde prenant salutairement toujours le pas sur la première) alors même que l'ampleur des gestes passe du simple au décuple. Ainsi, un réajustement de jambes sous le bureau devient un pédalage rapide en descente. Une avancée du tronc pour mieux observer l'écran devient une position couchée sur le guidon pour cause de selle trop haute. Etc.
Et le mi-bas est alors dévoilé à la vue de tous, la culotte vintage "de la semaine" (n'essayez pas de me convaincre qu'Aubade vous recouvre tous les jours) dépasse à présent abondamment du jean taille basse (à se demander si Vélov' et Vélib' n'ont pas accéléré l'arrivée du jean taille haute...), quand un collant filé ne nous est pas proposé à la vue par le truchement d'une jupe remontée pour qu'elle ne se prenne pas dans les rayons...
Et puis, a contrario, parfois, le coup "de fourche", l'image qui est à la grâce ce que Jeannie Longo est à la compétition, la Cycliste, parfaite, maîtrisant son véhicule, dominant les obstacles, défiant la gravité, amenuisant les distances, se jouant de l'hostilité circulatoire ambiante, la Cycliste, majestueuse, parfaite synthèse entre la tonicité musculaire et la douceur féminine, entre l'habileté du vélo cross et la fragilité d'une coupe à Champagne, entre le caché pudique et le révélé magique...
La Cycliste, et c'est là que la vie est mal faite, la Cycliste que pas un crétin venant de droite, pas un idiot qui pile, pas une vitrine éclatante, pas un feu rouge et son trafic perpendiculaire ne viendront évidemment ralentir pour que dure davantage cette fugace mais envoûtante vision.
Pour tout un chacun, le Vélov'-Vélib' n'apporte donc pas que des satisfactions. Et ces dommages collatéraux, que les utilisatrices actives ou les "utilisateurs" passifs constatent au quotidien, ne sont sans doute pas ceux auxquels les concepteurs de ces outils avaient pensé.
Ceci dit, tout n'est pas à blâmer pour ce monde de transport. S'il ne se révèle en effet pas être le partenaire idéal que Madame recherche sur Meetic pour une route agréable et durable, il peut toutefois dépanner, comme le bon vieux copain avec qui l'on tchate quotidiennement sur MSN mais avec lequel, quelles que soient ses qualités apparentes, il est exclu d'aller bien plus loin...

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